01-08-2022

Dans un bouquet d’arbres de la colline de l’Hautil à Andrésy, il y a une ruche posée à même le sol, un peu enterrée et de travers. Je suis avec deux ou trois garçons. L’un d’eux veut voler du miel. Je n’aime pas cette idée. Les abeilles en ont besoin et c’est le travail d’une apicultrice des environs. Malgré tout, nous ouvrons la ruche, et prenons l’un des rayons. Nous en badigeonnons une petite quantité sur un bâton. L’apicultrice nous a vu et de loin nous interpelle. Les autres veulent faire comme si nous n’avions pas entendu. C’est ridicule. Sur une branche en équilibre il y a un pot d’un kilo. Elle semble croire que c’est ce que nous avons volé. Je décide d’aller discuter avec elle car en réalité les garçons n’ont pris que l’équivalent de deux cuillères à soupe. Elle me croit. Puis elle décide de me montrer d’autres ruches à flanc de colline qui ont été construites en terre crue. Il faut desceller une lourde plaque qui m’évoque l’art du Moyen-Âge ou de l’Égypte copte. Une sorte de couloir relie les ruches, et on ne peut y entrer qu’à quatre pattes. Ça me fait penser au stockage de nourriture au Maghreb ou en Afrique de l’Ouest. L’apicultrice ouvre pour moi l’un des réservoirs : miel, gelée royale, énormes larves comestibles, matières précieuses. Elle finit par me parler d’un essaim vieillissant qui met tous ses efforts à produire une nouvelle reine.

23-04-2021

Mon père me ramène en voiture. Juste avant le pont Gambetta, après l’arrêt de tram Roustaing, nous nous apprêtons à tourner rue Linuit mais décidons de passer par un autre itinéraire. Mon père emprunte une voie sur la gauche à laquelle je n’avais jamais fait attention. Elle mène à un pont qui passe entre deux grillages puis se prolonge au-dessus d’un champ. Un peu plus loin, il passe au-dessus de la rocade. Ce pont parallèle est gigantesque, à embranchements multiples, ça m’impressionne. La voiture n’est plus qu’un châssis supportant nos fauteuils, et le chemin se poursuit dans une vrille par-dessus la rocade puis l’eau, la frôlant. Je m’inquiète pour nos affaires. Mon père me rassure “Il n’y a pas à s’inquiéter. Il faut faire confiance à la force centripète.” Nous avons avec nous, sur les fauteuils, des papiers dans des chemises transparentes, des lunettes mais aussi un parpaing. Par deux fois, les papiers tombent à la surface de l’eau. Je réussis à les rattraper en tendant les bras la première fois, puis carrément en me contorsionnant entre les pilotis d’un ponton en bois sur lequel nous nous réceptionnons. Je sors de ce ponton par un toboggan rouge et mon père par un escalier.

13-03-2024

J’attends mon tour à la caisse d’un supermarché. Une poussette avec un enfant dedans heurte brusquement la vitrine du magasin depuis l’extérieur et explose.

15-02-2024

Je fais du basket dans la cour de l’école. Une fanfare m’emporte dans le rythme, et je rentre en classe. Les maîtresses sont à la place des élèves et nous, on prend leurs places.

01-03-2023

Je suis en consultation chez le médecin. Allongé sur la feuille de papier jetable, sur la table de consultation. Et sur le départ. Le médecin me tend un flacon d’huile essentielle de pensée sauvage. Déjà entamé mais il me le donne. Il en reste assez pour moi. Il est écrit 17.36 sur l’emballage, c’est peut-être le prix. « Et qu’est-ce que je vous dois pour la consultation ? » En me tenant la porte il répond « Pas le temps maintenant, mais je m’en occuperai plus tard, je vous enverrai ça. »

19-03-2023

Au cinéma Le Dietrich, je dois préparer une performance autour d’un travail déjà fait, la « Rivière au Sud ». Le directeur est Samuel de la Résidence Kennedy. Je suis terriblement en retard, je ne sais même plus à quoi ressemble le montage qui doit être projeté durant la performance, et j’ai l’intime conviction qu’il faut le retravailler. La performance est à 21h après la diffusion du film « El Varon », qui passe à 19h. Je sors de la séance précédente où j’y performais « Remonte et Cours » à 17h. De cette performance je ne me souviens que des sièges de la salle, avec l’éclairage tout particulier du projecteur. Je dois faire un atelier avec des mômes avant la performance. Ça va être tendu. Je monte au deuxième étage chercher du matériel, papier coloré, via un ascenseur tout miteux, style monte-charge. Il y a de grandes étagères en métal avec des chaines qui pendent style Silent Hill. Je farfouille, je farfouille. Samuel me rejoint et m’aide à trouver les fameux papier colorés. Je pense toujours au montage que je dois faire pour l’autre performance. Aucun souvenir des rushs que je dois utiliser, le cauchemar. Je pense y mettre un pingouin. J’ai aussi envie d’aller voir les autres étages au-dessus puisque j’ai un ascenseur à dispo, mais y’a le taff. Je redescends par des escaliers tout blancs. Les mômes des Couronneries sont dans l’accueil et font un bordel de fou. On sort pour se diriger dans une salle dans le bâtiment d’à côté. Dehors c’est ambiance « À tombeau ouvert » de Scorcese, en tout cas New-York avec fumées et lumières colorées. On fait l’atelier sur un présentoir sans entrer dans le bâtiment. Des dinosaures colorés. Je pense encore à mon montage et je sors mon ordi pour le travailler à coté tout en disant « c’est bien, c’est bien » aux gamins. On entend un grand son, une porte claque. Samuel sort dans la rue avec la gueule en sang. Une ambulance arrive, et on galère de fou pour faire rentrer un brancard trop grand dans la camionnette. On finit par découper le brancard avec une scie circulaire. Les gamins adorent les étincelles qui sortent de cet atelier qui passe de découpe de papiers à découpe de brancard. On arrive à enfourner Samuel dans l’ambulance. Tout le monde monte à l’intérieur et on file. Je regarde par la fenêtre derrière le camion, le cinéma, pas de performance et le reste de brancard dans la rue enfumée avec un feu rouge.

24-03-2023

Je marche cours Gambetta, on va faire une soirée dans la maison de Claire. Elle me sonne. J’appuie sur le bouton dans mon sac. Ça décroche. Mais le récepteur-micro est à 20 mètres de l’autre côté du trottoir dans un boîtier séparé : « – Allô, allô, allô, allô, allô, allô, tu m’entends, tu m’entends, tu m’entends, tu m’entends… j’étais en train de chercher qui a pris ma tablette… graphique, j’ai prêté ma tablette, à qui, je sais plus, j’ai envoyé des textos. – Tu viens toujours ce soir ? – Oui je viens toujours ce soir, je vais essayer de venir pour pas partir trop tôt… euh tard, et je me disais que comme ça puisque la maison est surélevée si jamais y’a une montée des eaux, pratique. » Je rejoins Malika près du café de l’Horloge, on promène la poussette. L’enfant est ronchon. On croise une dame avec une autre poussette, visiblement elle n’en est pas la maman. Les bébés s’ignorent alors qu’on essaye justement qu’ils se captent. La bouche de l’autre bébé est une sorte de pain aux raisins de lèvres avec quelques dents flanquées dans la torsade. « – Waw elle est née avec des dents ! » on dit. « Non, ce sont ses fils de rasoir. » nous répond la dame. « Elle a encore ses fils de rasoir, il va d’ailleurs falloir qu’on lui enlève».

16-10-2021

Une comète va tomber sur Pessac à la date donnée à l’instant par les informations. C’est demain ou après-demain. On nous explique qu’il y a de fortes chances qu’elle se désagrège complètement en passant dans l’atmosphère, que c’est un vieil objet céleste, déjà bien érodé. Dans les années 1990 un événement similaire s’était produit au Canada. Il y avait eu des dégâts seulement sur quatre kilomètres de diamètre au moment de la collision.

18-05-2022

Assis dans la rue sur mon matelas, le long d’un mur qui longe une route à sens unique, un bout de trottoir partagé avec d’autres clochards, je ne sais plus trop comment j’en suis arrivé là. Je trouve ça effarant, effroyable. Mais pas le temps de m’apitoyer sur ma trajectoire, il faut agir, réagir, survire. C’est la nuit. Un autre clochard fait la manche auprès de nous. Il passe devant nos matelas, la situation m’ahurit. Pourquoi fait-il la manche, à nous ? Un mec, assis au sol à côté de mon matelas, propulse soudain deux jets impressionnants de vomi. Ça me dégoûte. Je suis écœuré. Mes affaires, déjà crasseuses, perdent le peu de réconfort qu’elles pouvaient m’apporter. Je me lève et m’éloigne vers le super U juste au coin de la rue. Face à la vitrine, à ces portes vitrées automatiques coulissantes, à ces lumières blanches et ces reflets, je vois des gens, dedans dehors. Je ne sais pas si je veux entrer.

Espaces

Temps