18-03-2023
En altitude, regard plongeant, je vois du thé noir tomber à travers des nuages sombres. Je rejoins le tourbillon de feuilles dans sa dégringolade spiralique et m’étale sur une aile d’avion.
En altitude, regard plongeant, je vois du thé noir tomber à travers des nuages sombres. Je rejoins le tourbillon de feuilles dans sa dégringolade spiralique et m’étale sur une aile d’avion.
Je suis rive droite, sur les berges. L’eau est juste là, facilement accessible, elle a l’air douce et calme, presque sans courant. Je reconnais cette courbe caractéristique, le méandre autour duquel la ville s’organise. Je me glisse dans l’eau. Il fait beau. Les façades des bâtiments de la rive gauche sont une sensation invisible. Tout, à l’horizon, est bas. Je nage dans une eau blanchie, comme par des limons calcaires et doux. Je suis le seul nageur, c’est très agréable. Je nage tranquillement, vers le sud. Mais je remarque une petite caméra flottante qui me suit. Une présence, comme téléguidée, dans mon sillage. Je m’arrête, je pense que j’ai pieds. Le fleuve ressemble à une fabrication plus qu’à une chose naturelle. J’attrape cette caméra, je la jette, pour reprendre aussitôt ma brasse sans être traqué. Quelques mètres plus loin, je réalise que je suis toujours suivi. Aux abords d’une sorte de muret, le niveau de l’eau diminue. Je décide de m’y planquer. Heureux de ma ruse, je jette un œil à la petite coque de plastique waterproof. Elle est stoppée, s’embourbe dans des volutes d’air qui se mêlent aux eaux du fleuve. Elle ne parvient pas à me suivre jusqu’ici, elle patine, elle s’étouffe. Je vois l’œil de l’objectif à travers une couche de plexiglas. Cette machine ressemble à un œuf, une sorte de drone aquatique.
Je suis dans un espace sauvage, bordé d’arbres. Quelqu’un me dit qu’il faut rentrer. Ça m’est impossible car Katu est ici. Il est redevenu sauvage et court très vite avec d’autres chats. Je les vois filer dans tous les sens. La nuit tombe. Katu passe à côté de moi, je tends les bras et arrive à l’attraper. Je l’approche de moi en le cajolant. Il est tout maigre.
Il y a un groupe de gens que je suis censé reconnaître. On est dehors, près d’un grillage blanc, dans une sorte d’espace vert. Visages de l’enfance ? Du collège ? Des prénoms ? Un garçon, bien qu’adulte, me semble prépubère. Il me connaît ? Le groupe est attablé comme pour une fête, bouteilles et chips disposées sur des tables et des bancs, installés en tous sens. Debout, adossé contre un grillage, je suis pris dans une conversation avec cinq ou six étrangers familiers, camarades ressurgis du passé. Le groupe est aussi composé d’amis, Claire, Malika, Julie. On se croirait à un pique-nique de scouts. Je me sens mal et m’accroche au grillage, les mains dans le dos. « Il va pas nous faire un infarctus ». Mon corps tangue, je m’assois sur un banc parmi les cannettes et paquets en tous genre. Le silence se fait, accentuant l’impression que le malaise est imminent. Je fais comprendre à Malika que je souhaite un verre de Coca, elle me sert du Perrier. Je le renverse et tente de réitérer ma demande.
On entre dans une maison avec ma sœur pour y transmettre un chat roux clair à une femme, déjà en présence de deux chats. Elle a un distributeur de croquettes en bandoulière. Elle leur distribue d’une façon très professionnelle, en restant debout sans toucher ni les croquettes ni les chats avec les mains. La maison est vide d’éléments domestiques. Elle verrouille la gueule du chat roux juste avant qu’un homme entre et le récupère gentiment. Je leur souhaite une bonne mission, à l’homme et au félin, pensant que cette maison héberge et protège des chats qui accompagnent des hommes « sur le terrain ». L’homme, avec le chat dans les bras répond « ma mission du moment, c’est le weekend ».
Dans une vaste douche, je suis debout. C’est là que les derniers présidents de la République ont pris leurs douches. Le carrelage est large et vert foncé, la lumière venant du plafond, tamisée. La suite présidentielle est agréable. Dans la première chambre où je me suis éveillé ce matin il y a des piliers et un bureau en bois avec des objet que François Mitterand y avait disposé. Un bureau classique dans une suite moderne. Dessus, des fragments de fleurs en porcelaine, céramique émaillée cassée, celle que l’on met dans les cimetières. Dans cette douche il s’est douché, ainsi que Hollande, Sarkozy, etc. Les lieux sont immuables. Mon père m’attend, je ne suis pas près. Pas très rapide, comme à mon habitude. Je songe à la seconde chambre ayant une fenêtre donnant sur une petite cour intérieure fermée sur elle-même. Cette pièce semble idéale pour faire une sieste. Mitterand ne devait pas pouvoir y résister.
J’arrive dans un cabinet médical pour un examen de la voix. D’emblée je suis assis à table, sans passer par une salle d’attente. Cette table est ronde. Devant moi est posée une paroi en verre, pas très haute, en forme de U si on la considère de sa tranche. Un U retourné, posé sur son sommet, en verre sombre. Autour de la table, trois personnes se préparent. L’examinatrice, face à moi, ainsi qu’une souffleuse et une assistante. Derrière, une autre table est occupée par du personnel administratif et un peu plus loin une troisième par une secrétaire avec un casque. Au niveau de cette dernière table, un pan de plexiglass descend du plafond pour former une cloison. Je remarque, à voix haute « c’est un théâtre ici ! ». Ça fait rire l’équipe au fond, tandis que les soignantes autour de la table ronde finissent les préparatifs. La petite cloison de verre devant moi est désormais percée d’un cercle, un O dans lequel je vais devoir passer ma bouche. L’examen commence. La table monte un peu pour s’ajuster. Je vais devoir répéter les mots, ou plutôt prononcer les mots écrits qui me sont présentés. Un premier mot apparaît, tendu sur un petit carton par l’assistante : « 107 ». Je lis, je dis « 107 », la souffleuse complète « ans ». Puis, encore un chiffre ; « 1345 ». Je prononce. Un troisième carton est écrit en caractères mêlés, français et japonais, je lis et je prononce « tempura » en faisant bien attention à faire entendre un L dans le R, à la japonaise. Je me sens suspendu à des harnais, en lévitation, face à la paroi d’une scène. Je suis retenu par la seule force de l’assistante ou de la souffleuse qui plus bas tire sur une corde. Deux autres mots me sont présentés dans les airs. Je les prononce.
Dans un bouquet d’arbres de la colline de l’Hautil à Andrésy, il y a une ruche posée à même le sol, un peu enterrée et de travers. Je suis avec deux ou trois garçons. L’un d’eux veut voler du miel. Je n’aime pas cette idée. Les abeilles en ont besoin et c’est le travail d’une apicultrice des environs. Malgré tout, nous ouvrons la ruche, et prenons l’un des rayons. Nous en badigeonnons une petite quantité sur un bâton. L’apicultrice nous a vu et de loin nous interpelle. Les autres veulent faire comme si nous n’avions pas entendu. C’est ridicule. Sur une branche en équilibre il y a un pot d’un kilo. Elle semble croire que c’est ce que nous avons volé. Je décide d’aller discuter avec elle car en réalité les garçons n’ont pris que l’équivalent de deux cuillères à soupe. Elle me croit. Puis elle décide de me montrer d’autres ruches à flanc de colline qui ont été construites en terre crue. Il faut desceller une lourde plaque qui m’évoque l’art du Moyen-Âge ou de l’Égypte copte. Une sorte de couloir relie les ruches, et on ne peut y entrer qu’à quatre pattes. Ça me fait penser au stockage de nourriture au Maghreb ou en Afrique de l’Ouest. L’apicultrice ouvre pour moi l’un des réservoirs : miel, gelée royale, énormes larves comestibles, matières précieuses. Elle finit par me parler d’un essaim vieillissant qui met tous ses efforts à produire une nouvelle reine.
Deux hommes, frères ou associés, discutent avec moi, essaient de me convaincre. Ils ont apporté un prototype pour me montrer de quoi ils sont capables. C’est une sorte d’enseigne. Je regrette qu’il y ait un accent circonflexe malvenu sur le mot fûmer, mais je n’ose rien dire. Je décline l’offre et conserve le prototype. Il y a une autre négociation en cours avec eux, pas commerciale, et à laquelle est liée une amie, Annabel. Ils savent que je la connais. Pourtant, lorsque je la croise un peu plus tard avec eux, dans un dédale de couloirs aux murs vitrés, je fais en sorte qu’elle ne me voie pas. La honte me pousse à me cacher. Annabel est resplendissante, son large sourire est comme une publicité pour le bonheur. Cela me met mal à l’aise. Dans un parking, je retrouve une partie du prototype. Seul le mot fûmer, en rouge, dont j’enlève l’accent qui n’est qu’un simple tiret maintenu par un morceau de métal que je casse avec la main. Les deux hommes, toujours là, essaient tour à tour de me convaincre de je ne sais quoi.