16-04-2021

Tout près de la fenêtre de mon appartement au 4ème étage de la rue du cancera, j’entends une conversation inhabituellement proche. Je me penche pour regarder. Il y a une crue vraiment spectaculaire, l’eau est montée jusqu’à la rigole de zinc de mon étage et le courant est calme. Le ciel est bleu. Il fait doux. Les voix que j’entendais sont celles de deux personnes qui discutent tout en dérivant vers la Garonne sur un radeau minimal semblable à une porte. J’ai peur que l’eau monte encore et entre en débordant par mes fenêtres. En m’imaginant les trois étages de ville engloutie, si paisibles malgré la catastrophe en cours, je déplace mes livres pour les protéger d’un dégât qui approche. L’eau qui commençait à s’infiltrer par ma moquette en un bruit pétillant cesse de transpercer. L’écume se dissout. Le niveau baisse brutalement et l’on voit réapparaître jusqu’au second étage. Un fourgon est coincé sur un balcon de l’immeuble d’en face. Des ouvriers se demandent comment ils vont gérer tout cela. La décrue se poursuit, lentement.

04-11-2024

Après avoir franchi le préau carré de la mosquée, je passe scrupuleusement l’aspirateur dans son hall de béton moderne. Deux femmes que je reconnais s’apprêtent à entrer, avec hésitation, dans la salle de prières, jusque dans les pièces de réception et les appartements privés du supérieur religieux local. Passant à côté d’elles, je leur adresse la parole et leur déconseille. D’accord, mais dans ce cas, vous devez y aller à notre place ! Ce à quoi j’obéis, sans discussion. J’entre dans une première pièce, c’est tout alambiqué. Plusieurs pièces se succèdent et mènent à un étage. Dans la seconde pièce, je trouve des flyers en arabe et en touche deux mots aux femmes à travers la fenêtre. Je continue vers l’étage où un biscuit rond déjà croqué est posé sur un paquet abandonné. J’hésite à le croquer pour de bon, mais en choisis un entier dans le paquet, pour plus de discrétion. Le biscuit à la main, voleur, je descends l’escalier et croise alors droit dans les yeux, monsieur l’imam qui revient dans ses appartements.

14-11-2023

On se rejoint dans une rue qui descend, dans le nord-est de Paris. Je croise quelqu’un que je connais et gaspille ce précieux temps avec toi à discuter avec cette personne que tu ne connais pas. Tu n’as rien à dire, et tu ne dis rien. Mais voilà ta voiture. Tu as commandé ce trajet, tu fais ça régulièrement en ce-moment, c’est pris en charge. Tu aimes bien cette conductrice, à force de passer du temps avec elle. Je dis au revoir à la personne avec qui je parlais, me tourne vers toi et tu me fais signe de rester même si ça démarre. On va au cinéma. Je mets ma main contre ta cuisse, ce minuscule espace affectueux est déjà si délicieux. On entre dans un parking souterrain cylindrique, où des bornes d’achat de places de cinéma sont installées çà et là. Je vais à l’une, toi à l’autre. J’attrape 10 euros dans mon porte-monnaie et les donne à ta conductrice qui n’est pas encore repartie. Je n’étais pas prévu dans ce trajet.

18-02-2024

Je vis sur le campus dans un petit appart au sein d’un immeuble où les salons, cuisines, toilettes et douches sont partagés. J’entre dans un salon où une étudiante est affalée sur un canap’, entourée de plein d’autres canaps et d’écrans. Elle a un casque, elle joue. Je me demande si je dépose mon paquet de PQ ici ou dans une salle d’eau commune.

24-03-2023

Je marche cours Gambetta, on va faire une soirée dans la maison de Claire. Elle me sonne. J’appuie sur le bouton dans mon sac. Ça décroche. Mais le récepteur-micro est à 20 mètres de l’autre côté du trottoir dans un boîtier séparé : « – Allô, allô, allô, allô, allô, allô, tu m’entends, tu m’entends, tu m’entends, tu m’entends… j’étais en train de chercher qui a pris ma tablette… graphique, j’ai prêté ma tablette, à qui, je sais plus, j’ai envoyé des textos. – Tu viens toujours ce soir ? – Oui je viens toujours ce soir, je vais essayer de venir pour pas partir trop tôt… euh tard, et je me disais que comme ça puisque la maison est surélevée si jamais y’a une montée des eaux, pratique. » Je rejoins Malika près du café de l’Horloge, on promène la poussette. L’enfant est ronchon. On croise une dame avec une autre poussette, visiblement elle n’en est pas la maman. Les bébés s’ignorent alors qu’on essaye justement qu’ils se captent. La bouche de l’autre bébé est une sorte de pain aux raisins de lèvres avec quelques dents flanquées dans la torsade. « – Waw elle est née avec des dents ! » on dit. « Non, ce sont ses fils de rasoir. » nous répond la dame. « Elle a encore ses fils de rasoir, il va d’ailleurs falloir qu’on lui enlève».

16-01-2025

Je ne comprends pas comment accéder aux salles d’emprunt de cette bibliothèque. Je tente d’utiliser en vain l’ascenseur-escalier en colimaçon et finis par demander de l’aide à l’homme de l’accueil. Il me fait une démo. J’actionne la manivelle comme il faut et arrive à l’étage, l’escalier tourné vers une sortie qui débouche dans un centre commercial. Je fais quelques pas, m’assoie dans un fauteuil roulant, admire le jeu des lumières projetées dans le faux plafond et m’approche de la vitrine d’un salon de coiffure. Plus loin une ouverture donne sur l’extérieur. Je retourne dans l’escalier, l’actionne et le fais tourner vers une seconde issue, côté bibliothèque. Plongée dans la pénombre, cette zone est une étroite mezzanine avec une rambarde bien frêle. Je manque de me crêper par dessus la balustrade. J’aperçois des gens qui consultent des livres et des estampes.

15-05-2021

Dans un appartement dont les fenêtres sont camouflées par des tissus, rideaux, stores, on regarde la projection d’une image de paysage sur le mur, avec un petit groupe dont une dame à cheveux gris et lunettes. On regarde la façon dont le soleil rentre malgré tout dans la pièce, se projette çà et là, se mêle à l’image de paysage. Ceci doit nous donner le résultat d’un sondage que l’on cherche encore à interpréter. Je remarque que les lignes ont bougé pour l’UMP par rapport à ce matin. La fenêtre à gauche est plongée dans l’ombre mais une fenêtre se reflète désormais à droite, sur le tissu du canapé.

01-11-2020

Je voudrais acheter un billet pour retourner à Toronto. Je suis à l’aéroport de Mérignac et je pense que je suis à découvert. Si « paiement refusé » s’affiche, ce sera fichu. Au bout d’un couloir arrondi j’entre dans une épicerie asiatique où deux beaux stands de fruits de mer s’agitent. Les poulpes sont vifs et se promènent autour de leurs cagettes presque en rigolant. Quelques oursins sur le stand voisin sortent de leurs bogues ou s’y ré-introduisent. Comme des châtaignes possédées par des litchis. Les vendeurs ont des billets d’avion à vendre. Mais nous mettons du temps à nous comprendre. Finalement ils n’ont que des billets pour des pays en guerre. Me voilà dans un avion. Déjà en vol. Je cherche une place confortable. Je change de fauteuil plusieurs fois jusqu’à trouver un strapontin orange qui me va. À peine trouvé, le pilote, avec un fort accent chinois ou coréen annonce calmement que nous allons procéder à la descente. Il reste une petite douzaine d’heures quand même ! Sa voix, très chaleureuse, franchement souriante, marque beaucoup de pauses inhabituelles, ce qui le rend amical et plein d’un suspens assez bizarre. Puis il explique, toujours très calmement, que « ce qui importe… finalement… c’est… la… structure… » Cette prise de parole décalée laisse tout le monde dans le trouble, perplexes, voire carrément anxieux. 

01-03-2023

Je suis en consultation chez le médecin. Allongé sur la feuille de papier jetable, sur la table de consultation. Et sur le départ. Le médecin me tend un flacon d’huile essentielle de pensée sauvage. Déjà entamé mais il me le donne. Il en reste assez pour moi. Il est écrit 17.36 sur l’emballage, c’est peut-être le prix. « Et qu’est-ce que je vous dois pour la consultation ? » En me tenant la porte il répond « Pas le temps maintenant, mais je m’en occuperai plus tard, je vous enverrai ça. »

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