17-03-2023
Cet ascenseur que j’avais emprunté un peu plus tôt se comporte maintenant de façon trop flippante. Il avance à l’oblique, sur une pente. Rrrralentit. Rrrrrecule. La lumière diminue, grésillant. L’ascenseur s’arrête. La lumière s’éteint.
Cet ascenseur que j’avais emprunté un peu plus tôt se comporte maintenant de façon trop flippante. Il avance à l’oblique, sur une pente. Rrrralentit. Rrrrrecule. La lumière diminue, grésillant. L’ascenseur s’arrête. La lumière s’éteint.
Deux hommes, frères ou associés, discutent avec moi, essaient de me convaincre. Ils ont apporté un prototype pour me montrer de quoi ils sont capables. C’est une sorte d’enseigne. Je regrette qu’il y ait un accent circonflexe malvenu sur le mot fûmer, mais je n’ose rien dire. Je décline l’offre et conserve le prototype. Il y a une autre négociation en cours avec eux, pas commerciale, et à laquelle est liée une amie, Annabel. Ils savent que je la connais. Pourtant, lorsque je la croise un peu plus tard avec eux, dans un dédale de couloirs aux murs vitrés, je fais en sorte qu’elle ne me voie pas. La honte me pousse à me cacher. Annabel est resplendissante, son large sourire est comme une publicité pour le bonheur. Cela me met mal à l’aise. Dans un parking, je retrouve une partie du prototype. Seul le mot fûmer, en rouge, dont j’enlève l’accent qui n’est qu’un simple tiret maintenu par un morceau de métal que je casse avec la main. Les deux hommes, toujours là, essaient tour à tour de me convaincre de je ne sais quoi.
Dans un grand amphithéâtre aux fauteuils rouges, je suis chargé de tenir le micro de l’invité de Guillaume Erner qui n’est autre que Jean-Marie Le Pen. J’assiste donc de près à toute l’interview. L’horrible papi est sympathique, personne ne lui pose de questions problématiques ni ne lui renvoie d’impressions négatives. Je réajuste la distance au micro, provoquant chez lui un léger recul de surprise. La dernière femme à lui poser une question le fait en marchant vers nous et presque en chuchotant, mais elle semble en colère. Savez-vous combien de temps vit un moustique Monsieur Le Pen ? Quatre heures, douze heures ou vingt-quatre heures ? Le vieux répond sans hésiter, vingt-quatre heures. Ce qui accentue la colère de la dame. Non c’est faux. Oui j’ose dire non ! mais déjà la régie coupe les micros. Je m’adresse alors directement à l’invité. Vous paraissez détendu aujourd’hui, je veux dire, vous êtes beaucoup plus détendu qu’il y a vingt ans. Il y a vingt ans vous étiez très tendu, et tout le monde plutôt détendu. Maintenant c’est tout l’inverse. Ça le fait rire, merde. On part avec des amis acheter une crêpe salée au kebab du coin. J’ai pas si faim, je ne vais peut-être rien commander finalement.
Janine me conduit en Espagne, une ville sur la côte, au nord, dans sa coupée sport rouge comme un ongle. Je visualise la cartographie, de Cenon à notre point d’arrivée… Morcilla ? Morceguilla ? On voyage dans la Hyundai. On franchit une première montagne dans un rebond vertigineux. On arrive au sommet. On bascule vers une première plaine en contre-bas. La voiture tombe dans le vide, ce qui n’inquiète absolument pas Janine qui fixe droit devant, sereine, souriante. On doit atteindre le sol. Voilà. Le trajet se poursuit. On franchit deux autres sommets de la même façon. Le troisième m’effraie tellement que je… (micro-éveil)… Janine me propose que l’on parte en Espagne, mais il me semble pourtant que l’on a déjà fait ce voyage. Des images de cartographies me reviennent, Cenon, la côte espagnole, une autoroute nommée ici « funéraire » comme un funiculaire funèbre. J’ai un mauvais pressentiment. Cette impression d’une possible cascade fatale, un crash dans la montagne me bloque. Je ne veux pas lui dire oui. Mais, n’y allons pas.
Des images d’une émission de zapping défilent. L’enchaînement se conclut sur cette séquence : une femme a un triton qui lui descend sur la figure. Et tout en passant sur son front il pond. On voit un œuf de gélatine dans lequel on aperçoit un petit triton ou salamandre ou têtard tout englué. Des commentaires se font entendre Oh mon dieu tu as tellement de chance ! Mon dieu un triton t’a pondu sur la gueule ! Waw mon dieu tu te rends compte ? Quelle chance !
Un chien marron me regarde intensément tandis que je passe à côté de lui dans la rue. Me retournant plus loin pour repartir dans la direction opposée, je constate qu’il m’a suivi. Il semble seul. Je m’approche et lui fais une caresse. On redémarre ensemble. On passe à côté de quelques personnes qui promènent des chiens. Personne n’a l’air de le reconnaître. Il continue son chemin avec moi. Je m’arrête pour examiner son collier. Je lis « 06 » tatoué sur une petite boule de graisse dans son cou, et une URL sur l’un de ses deux colliers. Je ferais bien de trouver un vétérinaire. On reprend la marche et passons par une route extrêmement sombre. Plongés dans le noir et le long du trottoir, je heurte quelques piétons. Le chien m’a devancé, j’espère qu’il évite bien la chaussée et la circulation. Je perçois la phosphorescence de quelques t-shirts blancs, j’entends les voix des conversations que je croise. Finalement, après la zone la plus sombre, sous d’épais buissons de lauriers qui jaillissent des grillages, je distingue la route par un jour de grisaille. Mais plus aucun chien en vue.
Je suis dans une soirée organisée dans une friche. Je ne connais pas cet endroit. Je suis ici à titre d’invitée. Il y a beaucoup de personnes, des grands couloirs. Je déambule. Je cherche Pascal du regard. Il est avec son frère, il porte un bermuda hawaïen. Je les retrouve dans plusieurs espaces. Il y a des espaces extérieurs que j’entrevois derrière des grillages, et des espaces intérieurs qui sont surtout de grands halls. Je m’approche de Pascal dans une cour, lui demande de l’attention et on se fâche. Je retourne déambuler en bas. J’arrive dans un espace de toilettes, douches, un peu inondé. De l’eau coule d’une installation de plomberie douteuse et un peu monstrueuse installée au plafond. Je préviens des personnes, qui me répondent qu’on est dans un lieu éphémère, qu’elles ne peuvent rien faire. Je vais vers la sortie et je me rends compte que le chemin est aussi inondé. C’est plus un torrent qu’un chemin. Un groupe se missionne. Il faut ouvrir un portail qui a l’air indéplaçable. On me donne des bonbons dont deux tombent par terre. Quelqu’un les ramasse et me les rends. Lorsque je les ai en main, ils se transforment en guimauve rose. Il nous faut ouvrir ce portail pour dégager un nouveau chemin. On s’y attèle.
Je suis dans un rassemblement familial auquel participent aussi des ami-es. Mon père est très présent. Il y a deux chats, dont un que j’ai abandonné. Je m’en veux. Je l’ai laissé au bord d’une route, proche d’un centre commercial, attaché à un poteau. Je passe une première fois et je le détache. Je l’emmène avec moi en la câlinant. À l’intérieur de la maison, il monte aux rideaux. Escalade impressionnante. Ça ne plaît pas à mon père qui ne veut pas qu’il reste. Je lui dit que c’est injuste. On prépare un repas. Une grande table est dressée. Mickaël est sur un divan. Il joue à la console. Il manque du pain. Je propose d’aller en chercher avec Mickaël. On prend une voiture. On roule sur des boulevards, on traverse des zones industrielles, puis on arrive à une boulangerie qui se trouve dans une foire foraine. Je sors chercher du pain et demande de l’argent à mon oncle qui a pris la place de Mickaël. Il me tend quelques piécettes rouges, et un papier. Il y a beaucoup d’attente, une longue file de personnes devant moi. Je passe devant trois jeunes femmes qui me le font remarquer. Selon moi, ce sont elles qui sont passées devant moi. Toujours est-il que l’une d’entre elle passe de nouveau devant moi, en me poussant gentiment vers l’arrière. Un écart se crée entre nous deux et les autres personnes de la file. En riant, elle passe sa main sur mes fesses, et me pousse de nouveau. Je ris aussi puis je me rends compte que l’accès à la boulangerie est libre. Je monte des escaliers et arrive dans la boulangerie. Au moment de payer, je sors de ma poche le papier que m’a remis mon oncle. C’est une sorte de bon écrit dans une langue étrangère. Il est tamponné. Je sors aussi d’autres papiers dont des photographies qui intéressent beaucoup la boulangère. Elles sont empreintes de nostalgie. Réminiscence d’un jeune homme qui aurait été mon amoureux, un lien entre la boulangère et moi. Je décide de mettre fin à ce moment en sortant les pièces que m’a remises mon oncle. La boulangère les examine. Ce sont des pièces étrangères elles aussi. Je sais qu’elles ont peu de valeur.
Je voudrais acheter un billet pour retourner à Toronto. Je suis à l’aéroport de Mérignac et je pense que je suis à découvert. Si « paiement refusé » s’affiche, ce sera fichu. Au bout d’un couloir arrondi j’entre dans une épicerie asiatique où deux beaux stands de fruits de mer s’agitent. Les poulpes sont vifs et se promènent autour de leurs cagettes presque en rigolant. Quelques oursins sur le stand voisin sortent de leurs bogues ou s’y ré-introduisent. Comme des châtaignes possédées par des litchis. Les vendeurs ont des billets d’avion à vendre. Mais nous mettons du temps à nous comprendre. Finalement ils n’ont que des billets pour des pays en guerre. Me voilà dans un avion. Déjà en vol. Je cherche une place confortable. Je change de fauteuil plusieurs fois jusqu’à trouver un strapontin orange qui me va. À peine trouvé, le pilote, avec un fort accent chinois ou coréen annonce calmement que nous allons procéder à la descente. Il reste une petite douzaine d’heures quand même ! Sa voix, très chaleureuse, franchement souriante, marque beaucoup de pauses inhabituelles, ce qui le rend amical et plein d’un suspens assez bizarre. Puis il explique, toujours très calmement, que « ce qui importe… finalement… c’est… la… structure… » Cette prise de parole décalée laisse tout le monde dans le trouble, perplexes, voire carrément anxieux.