18-05-2022
Assis dans la rue sur mon matelas, le long d’un mur qui longe une route à sens unique, un bout de trottoir partagé avec d’autres clochards, je ne sais plus trop comment j’en suis arrivé là. Je trouve ça effarant, effroyable. Mais pas le temps de m’apitoyer sur ma trajectoire, il faut agir, réagir, survire. C’est la nuit. Un autre clochard fait la manche auprès de nous. Il passe devant nos matelas, la situation m’ahurit. Pourquoi fait-il la manche, à nous ? Un mec, assis au sol à côté de mon matelas, propulse soudain deux jets impressionnants de vomi. Ça me dégoûte. Je suis écœuré. Mes affaires, déjà crasseuses, perdent le peu de réconfort qu’elles pouvaient m’apporter. Je me lève et m’éloigne vers le super U juste au coin de la rue. Face à la vitrine, à ces portes vitrées automatiques coulissantes, à ces lumières blanches et ces reflets, je vois des gens, dedans dehors. Je ne sais pas si je veux entrer.
19-03-2023
Au cinéma Le Dietrich, je dois préparer une performance autour d’un travail déjà fait, la « Rivière au Sud ». Le directeur est Samuel de la Résidence Kennedy. Je suis terriblement en retard, je ne sais même plus à quoi ressemble le montage qui doit être projeté durant la performance, et j’ai l’intime conviction qu’il faut le retravailler. La performance est à 21h après la diffusion du film « El Varon », qui passe à 19h. Je sors de la séance précédente où j’y performais « Remonte et Cours » à 17h. De cette performance je ne me souviens que des sièges de la salle, avec l’éclairage tout particulier du projecteur. Je dois faire un atelier avec des mômes avant la performance. Ça va être tendu. Je monte au deuxième étage chercher du matériel, papier coloré, via un ascenseur tout miteux, style monte-charge. Il y a de grandes étagères en métal avec des chaines qui pendent style Silent Hill. Je farfouille, je farfouille. Samuel me rejoint et m’aide à trouver les fameux papier colorés. Je pense toujours au montage que je dois faire pour l’autre performance. Aucun souvenir des rushs que je dois utiliser, le cauchemar. Je pense y mettre un pingouin. J’ai aussi envie d’aller voir les autres étages au-dessus puisque j’ai un ascenseur à dispo, mais y’a le taff. Je redescends par des escaliers tout blancs. Les mômes des Couronneries sont dans l’accueil et font un bordel de fou. On sort pour se diriger dans une salle dans le bâtiment d’à côté. Dehors c’est ambiance « À tombeau ouvert » de Scorcese, en tout cas New-York avec fumées et lumières colorées. On fait l’atelier sur un présentoir sans entrer dans le bâtiment. Des dinosaures colorés. Je pense encore à mon montage et je sors mon ordi pour le travailler à coté tout en disant « c’est bien, c’est bien » aux gamins. On entend un grand son, une porte claque. Samuel sort dans la rue avec la gueule en sang. Une ambulance arrive, et on galère de fou pour faire rentrer un brancard trop grand dans la camionnette. On finit par découper le brancard avec une scie circulaire. Les gamins adorent les étincelles qui sortent de cet atelier qui passe de découpe de papiers à découpe de brancard. On arrive à enfourner Samuel dans l’ambulance. Tout le monde monte à l’intérieur et on file. Je regarde par la fenêtre derrière le camion, le cinéma, pas de performance et le reste de brancard dans la rue enfumée avec un feu rouge.
09-05-2021
Je traverse des rues en roulant à vélo, en altitude. Il y a beaucoup de relief, je prends quelques virages dans l’est de la France. Je me dis que Pierre a raison. Ça va vite, l’effort n’est pas insurmontable. Je passe sur un terrain de gravier qui se prolonge par une route très pentue. J’entre dans un tunnel spécial. Des véhicules sont garés, c’est un parking-ascenseur. Un homme m’aide à me faire une place en déplaçant une rangée de vélo-barrières.
30-09-2020
Je raconte à quelqu’un aux contours flous ce que je viens de traverser. J’ai les pieds sur terre, je suis avec une amie, il y a des sensations de moustiques. J’évoque un ailleurs et change de plan. Mon corps est dissout, ma vision flotte. Je continue de raconter, sans savoir où est la personne qui m’écoute. Voit-elle ce que je dis ? Je passe par-dessus un paysage légendé, marron, vert, air, une cartographie, par les yeux, par les airs. Il y a en-dessous la Gironde. Donnant une place immense à l’eau, des affluents, et des termes géographiques inconnus… Autour de la Gironde, qui est un fleuve, les canaux naturels s’élargissent. On les appelle ici les gards. Je vois les mots « gard de… quelque chose » inscrits plusieurs fois sur la carte. Je vois le « gard des Jalles » à l’est. Deux autres vastes gards, l’un prolongeant le fleuve au sud, l’autre à l’ouest, séparés par des rubans de terre. Comme une lagune. Les gards se côtoient formant une grande étendue d’eau étalée sur l’échelle de plusieurs villes, au sud de Bordeaux. Je suis interpellé par un îlot qui clôt cette zone humide. Je lis la légende sur la carte-paysage. Au milieu de cette petite île est écrit « L’étoile ou la petite feuille » ou l’inverse… « La feuille ou la petite étoile ». Je trouve en effet qu’on dirait la feuille d’un arbre, d’un platane, petite et vue du ciel.
27-08-2020
Juste devant l’entrée d’un parc à Bègles, dans une sorte de parking adjacent dont les places sont disposées sur une petite colline artificielle, un talus de pelouse. L’accès principal est longé d’un côté par une grande haie de bambous. Je suis avec ma mère et, tout en visualisant les premiers abords de ce parc qui donne sur les berges, je lui explique que cet endroit est accessible sur inscription, et que les habitants de Bègles y ont un accès privilégié. C’est un espace vert réservé à une jauge de 150 personnes, un choix de la municipalité. Ma mère me dit que c’est peut-être pour des raisons sanitaires. Je n’y avais pas pensé, m’imaginant plutôt que cette solution d’un nombre restreint de visiteurs avait été choisie pour laisser profiter au mieux de ce cadre ressourçant sans subir trop de présence humaine. Soudain je comprends que, sur ce parking, je suis avec ma mère morte et à la veille de son enterrement et que c’est une dernière occasion de passer du temps avec elle. Moi qui pensais partir vers 20h. Je vois le soleil commencer à se coucher à travers des voiles nuageux gris, une ambiance lunaire. Ma mère est plus jeune et plus mince, elle a l’air sereine. Je me dis qu’il y en a deux, l’une dans son cercueil qui n’est pas vraiment elle, mais une enveloppe, et une ici visible et vivante à mes yeux, pour une dernière fois. On commence à s’éloigner du parking, à longer la haie de bambous en direction de la rue. Je lui dis de faire attention à une voiture qui s’en va. On s’écarte pour la laisser passer. Puis je lui demande si elle va venir demain, je parle des funérailles. Juste en face des bambous, nous sommes au dessus d’un plan d’eau sur une petite passerelle. Cette eau est sans doute reliée aux berges du parc tout proche. Elle me répond que c’est marrant, qu’elle a regardé sur internet et que c’est seulement à douze minutes à pieds. Je pense qu’elle parle du trajet entre « là où elle est » et le cimetière. Elle complète – « d’habitude c’est plutôt des personnes âgées qui font ça, (elle parle de mourir) donc douze minutes…» Je me blottis dans les bras de ma mère comme un enfant en lui disant qu’elle va tellement me manquer.
26-08-2020
Avec ma sœur, nous sommes dans la cour de notre ancienne maison à Talence, rue Marie. C’est une sorte de long chemin étroit en forme d’éclair. Ma sœur m’entraine vers le portail pour une histoire de poubelle, à sortir ou à rentrer… Arrivées au portail, nous sortons, et devant le rideau du garage voisin, une demi-douzaine d’amis aux visages inconnus sont attroupés comme un chœur de chorale. Ce sont des gens qui me sont chers. Ils sont tout sourire et me chantent une chanson d’anniversaire. Je suis trop contente.
31-05-2022
Voilà le Machu Picchu ! C’est magnifique… Je ne savais pas qu’on trouvait un endroit si merveilleux sur Terre. Il y a un fragment de montagne volante, assez haut dans le ciel sur ma gauche. Je le vois à contre-jour, une présence ombragée. Sur l’une de ses tranches, cet amas triangulaire et minéral est ensoleillé. Variations de lumières et d’ombres intenses. Jour-nuit. Je frôle un autre pan du massif, un sommet gigantesque qui se confond avec le ciel, se dissout entre le bleu, les roches et les nuages. Cette montagne-ci est liée au sol par quelques points de contact très étroits. Je marche tout près d’un endroit où la base forme des arches. Si jamais cette montagne se renversait sur son flanc, d’ici je ne risquerais rien. Dans une cavité, je m’enfouis. Je mets mon masque en peau de visage d’animal, restant près de l’alcôve. S’approchent alors des Libanais venus de loin qui veulent savoir si la caroube permet… Une question de santé me semble-t-il… Je ne comprends pas bien leur interrogation, je réajuste mon masque et leur fais répéter… Non, vraiment, je ne comprends pas…
08-10-2020
Sur les quais, ambiance Bordeaux, Porto. C’est marée haute, des vagues énormes ! On est un groupe d’amis et de famille tout mélangé. Quelqu’un propose d’aller manger portugais. Tout le monde trouve ça super insolite et est d’accord. Malika, Patrick, les autres, tout le monde. Tout le monde, sauf une personne qui reste plantée là avec sa couronne et ses escarpins dorées : la reine ! Elisabeth refuse de manger portugais ! – Allez, insista l’un de nous qui avait sans doute faim. Allez, on y va ! C’est décidé ! – Il n’en est pas question, répondit la reine. Je décidai d’intervenir : – Allez venez, c’est une cuisine très fine… Je négligeai d’ajouter la formule Sa majesté. Sans dire mot, la reine prit ses cliques et ses claques, m’obligeant de courir après. Elle faisait un caprice ! La petite dame trébucha et fit exprès beaucoup de bruit. Je la ramassai comme si elle était une poupée et nous entrâmes dans une maison, en direction d’une chambre. Feignant une migraine pour montrer qu’elle n’était pas contente, la reine se laissa tomber en arrière sur un lit couvert d’un édredon, doré comme la couronne sur sa tête, doré comme les chaussures à ses pieds qui dépassaient du bord du lit. Elle se ficha d’être allongée à moitié sur une bosse et ne s’inquiéta pas, bien sûr, que la bosse était un dormeur !
22-08-2020
J’attends le tramway parmi une foule bondée. Ma destination ne me préoccupe absolument pas. Pour éviter la cohue qui se prépare contre le véhicule, je décide d’aller d’un pas vif vers la station précédente. Je suis tout fier de mon stratagème. Il n’y a hélas pas moins de monde à cet arrêt. À l’intérieur d’une rame, debout entre deux duos de deux sièges. Une femme d’une cinquantaine d’année est masquée et assise. Je regarde le fauteuil vide à côté d’elle. Je croise son regard ; elle me fait signe de m’assoir, l’air de dire « ça suffit, c’est déjà pas mal ça » elle me montre nos masques, mon masque, son masque, le fauteuil. Je souris sous mon masque. Un peu de promiscuité. Je suis heureux de voir que les rapports humains se simplifient. Dans l’allée s’agite un grand chien roux frisé, il tire sa langue rose. Nos regards nous interceptent. Le sien est si intense, on dirait qu’il a trouvé en moi un super copain. Je me dit que cette femme est sa maitresse. C’est un chien d’un genre lévrier bâtard ondulé, orang-outan, jouet pour enfant, poney. Bien sympa.