16-04-2021

Tout près de la fenêtre de mon appartement au 4ème étage de la rue du cancera, j’entends une conversation inhabituellement proche. Je me penche pour regarder. Il y a une crue vraiment spectaculaire, l’eau est montée jusqu’à la rigole de zinc de mon étage et le courant est calme. Le ciel est bleu. Il fait doux. Les voix que j’entendais sont celles de deux personnes qui discutent tout en dérivant vers la Garonne sur un radeau minimal semblable à une porte. J’ai peur que l’eau monte encore et entre en débordant par mes fenêtres. En m’imaginant les trois étages de ville engloutie, si paisibles malgré la catastrophe en cours, je déplace mes livres pour les protéger d’un dégât qui approche. L’eau qui commençait à s’infiltrer par ma moquette en un bruit pétillant cesse de transpercer. L’écume se dissout. Le niveau baisse brutalement et l’on voit réapparaître jusqu’au second étage. Un fourgon est coincé sur un balcon de l’immeuble d’en face. Des ouvriers se demandent comment ils vont gérer tout cela. La décrue se poursuit, lentement.

20-01-2026

Un chien marron me regarde intensément tandis que je passe à côté de lui dans la rue. Me retournant plus loin pour repartir dans la direction opposée, je constate qu’il m’a suivi. Il semble seul. Je m’approche et lui fais une caresse. On redémarre ensemble. On passe à côté de quelques personnes qui promènent des chiens. Personne n’a l’air de le reconnaître. Il continue son chemin avec moi. Je m’arrête pour examiner son collier. Je lis « 06 » tatoué sur une petite boule de graisse dans son cou, et une URL sur l’un de ses deux colliers. Je ferais bien de trouver un vétérinaire. On reprend la marche et passons par une route extrêmement sombre. Plongés dans le noir et le long du trottoir, je heurte quelques piétons. Le chien m’a devancé, j’espère qu’il évite bien la chaussée et la circulation. Je perçois la phosphorescence de quelques t-shirts blancs, j’entends les voix des conversations que je croise. Finalement, après la zone la plus sombre, sous d’épais buissons de lauriers qui jaillissent des grillages, je distingue la route par un jour de grisaille. Mais plus aucun chien en vue.

16-03-2021

Je rentre en bus, un Trans’Gironde, d’un peu loin, en passant par Talence. Je regarde un homme vers l’avant du bus, debout, il me regarde. Je le fuis aussitôt du regard pour m’évader par la fenêtre. Des paysages d’échoppes défilent, calmes et presque fades. On passe par le cours Gambetta. On prend lentement le virage entre la rue Roustaing et la rue Waldeck-Rousseau. J’envoie un texto à Claire : “c’est loupé pour le BBQ :/”

24-04-2021

Je suis avec Jean et Georgie. On est dans une vieille ville. Les bâtiments sont anciens. C’est une sorte de village labyrinthique. On est invités dans une maison luxueuse. Je me sens intimidée. Katu est avec moi. Il s’appelle Luca. Sa présence crée des contraintes dans le groupe. Il y a un garçon avec nous. Arrive Vava, sa présence m’est agréable. À un moment j’ai un bébé dans les bras, je sais que c’est le mien.

12-03-2023

Avoir loupé toute cette série d’arrêts de tramway sans m’en rendre compte — merde ! je tente de reprendre le tram en sens inverse […] je dévale une grande rue en pente, comme sur un bobsleigh invisible, je trace. C’est ultra dangereux aux intersections. Pour freiner, éviter d’éventuels véhicules arrivant à la perpendiculaire, je dois me pencher avec vigueur sur le côté gauche.

31-07-2021

Deux hommes, frères ou associés, discutent avec moi, essaient de me convaincre. Ils ont apporté un prototype pour me montrer de quoi ils sont capables. C’est une sorte d’enseigne. Je regrette qu’il y ait un accent circonflexe malvenu sur le mot fûmer, mais je n’ose rien dire. Je décline l’offre et conserve le prototype. Il y a une autre négociation en cours avec eux, pas commerciale, et à laquelle est liée une amie, Annabel. Ils savent que je la connais. Pourtant, lorsque je la croise un peu plus tard avec eux, dans un dédale de couloirs aux murs vitrés, je fais en sorte qu’elle ne me voie pas. La honte me pousse à me cacher. Annabel est resplendissante, son large sourire est comme une publicité pour le bonheur. Cela me met mal à l’aise. Dans un parking, je retrouve une partie du prototype. Seul le mot fûmer, en rouge, dont j’enlève l’accent qui n’est qu’un simple tiret maintenu par un morceau de métal que je casse avec la main. Les deux hommes, toujours là, essaient tour à tour de me convaincre de je ne sais quoi.

04-05-2024

C’est la fête dans la grande maison de quartier de l’angle. On a organisé tout ça depuis plusieurs jours. Mes animaux, crapaud, araignée et les quelques autres ne sont pas loin. Il ne faut pas que je les oublie en partant. Je pars vérifier s’ils sont là, dans le jardin, mais à peine dans la pièce voisine je suis diverti par les invités. Je propose à un jeune homme d’essayer le costume de panthère rose cousu par ma sœur, il faut d’abord mettre le serre-tête oreilles, puis tout le pyjama. Je vais à l’entrée, il y a beaucoup de monde qui attend. Ilo ouvre et commence à accueillir les gens en disant leurs noms comme si c’était une cérémonie officielle : « et maintenant Frank Néon ». J’entends un bruit sourd venant des pièces à l’arrière, comme un accident. Je vais voir. Un type est passé à travers les marches d’un escalier en tissu rembourré. Rien de bien grave. Je demande à des gens si ils ont vu Alice. Je me sens angoissé. Comment vont mes animaux ? J’espère que personne ne leur fait de mal. Tous les gens qui attendaient dehors ne sont pas encore entrés. Je m’éloigne de la maison. Dans le jardin je marche en tapant musicalement entre eux deux rondins de bois. J’aperçois un grand chien à qui ça plaît. Il me regarde fixement puis s’approche pour sentir ma main. Je lui fais une caresse sur le museau et il retourne fièrement du petit tas d’herbes d’où il vient. Il a trouvé une grande peau de chevreuil desséchée, naturellement tannée. Ça l’enthousiasme beaucoup.

27-08-2020

Juste devant l’entrée d’un parc à Bègles, dans une sorte de parking adjacent dont les places sont disposées sur une petite colline artificielle, un talus de pelouse. L’accès principal est longé d’un côté par une grande haie de bambous. Je suis avec ma mère et, tout en visualisant les premiers abords de ce parc qui donne sur les berges, je lui explique que cet endroit est accessible sur inscription, et que les habitants de Bègles y ont un accès privilégié. C’est un espace vert réservé à une jauge de 150 personnes, un choix de la municipalité. Ma mère me dit que c’est peut-être pour des raisons sanitaires. Je n’y avais pas pensé, m’imaginant plutôt que cette solution d’un nombre restreint de visiteurs avait été choisie pour laisser profiter au mieux de ce cadre ressourçant sans subir trop de présence humaine. Soudain je comprends que, sur ce parking, je suis avec ma mère morte et à la veille de son enterrement et que c’est une dernière occasion de passer du temps avec elle. Moi qui pensais partir vers 20h. Je vois le soleil commencer à se coucher à travers des voiles nuageux gris, une ambiance lunaire. Ma mère est plus jeune et plus mince, elle a l’air sereine. Je me dis qu’il y en a deux, l’une dans son cercueil qui n’est pas vraiment elle, mais une enveloppe, et une ici visible et vivante à mes yeux, pour une dernière fois. On commence à s’éloigner du parking, à longer la haie de bambous en direction de la rue. Je lui dis de faire attention à une voiture qui s’en va. On s’écarte pour la laisser passer. Puis je lui demande si elle va venir demain, je parle des funérailles. Juste en face des bambous, nous sommes au dessus d’un plan d’eau sur une petite passerelle. Cette eau est sans doute reliée aux berges du parc tout proche. Elle me répond que c’est marrant, qu’elle a regardé sur internet et que c’est seulement à douze minutes à pieds. Je pense qu’elle parle du trajet entre « là où elle est » et le cimetière. Elle complète – « d’habitude c’est plutôt des personnes âgées qui font ça, (elle parle de mourir) donc douze minutes…» Je me blottis dans les bras de ma mère comme un enfant en lui disant qu’elle va tellement me manquer.

14-04-2021

Je passe un concours pour être curatrice, quelque chose comme ça, dans une institution d’art contemporain. J’entre dans un bâtiment chic, ambiance vernissage huppé avec Marina. Je sais d’emblée que je n’ai aucune chance de me mesurer à elle dans les domaines demandés, cela m’enlève toute pression. Marina vaque à des salutations mondaines, je zone de droite et de gauche. Je suis détendue. Je trouve Colas et Angélique, une fille qui était au collège avec moi. On parle du concours. Angélique parle beaucoup, elle utilise des mots conceptuels. Je suis surprise et m’éloigne. L’ambiance vernissage se transforme en ambiance club, la lumière se tamise. Je pousse une porte et me retrouve dans un espace plus crusty. Trois métalleux sont assis à une table, ils discutent en finissant une bouteille de punch dans une bouteille en plastique. Je pousse une autre porte et me retrouve à l’extérieur sur une place de village. Quelques voitures sont garées. Je me retourne et remarque que la porte par laquelle je viens de sortir est l’entrée d’un PMU. Je m’approche. Elle est fermée. Je frappe. Un homme métis vient m’ouvrir. Il me laisse entrer, on discute, on rigole. Ambiance total clubbing à l’intérieur. Jean, tout feu, tout flamme, habillé de noir, accourt vers moi. Il est content de me voir, me prend dans ses bras. Il veut me présenter le propriétaire du club qui est derrière le bar. C’est l’homme qui m’a ouvert la porte. On se sourit. Sentiment d’acceptation. Jean me dit qu’il veut me montrer quelque chose. On sort par une nouvelle porte et on arrive sur une petite place sur laquelle se trouve une bouteille remplie d’un liquide jaune un peu dégueulasse. Un pistolet à eau, ultra coloré et ultra grand, surgit dans les mains de Jean qui vise la bouteille en virevoltant. C’est drôle, on s’amuse. On décide quand même de rentrer car le concours nous revient en tête. Lorsqu’on rentre dans le bâtiment, l’ambiance est en effet celle d’un examen, sauf qu’il n’y a personne. On est en retard. Je suis détendue. On cherche où on doit aller et Jean me montre une liste sur laquelle est noté un lieu. Il me dit d’aller dans ce lieu, mais je ne veux pas. Il est important pour moi de trouver mon nom sur une liste. Je rejoins Laurine qui me dit que Colas devrait dessiner dans le livre que l’on doit rendre. Quelqu’un oppose un livre dont les feuilles sont totalement blanches. Je vois ce livre qui se feuillette.

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